Les séjours à Conques

Mai 2022

Depuis deux ans, nous avions à cœur un grand projet Limbo : ouvrir un second lieu d’accueil pour nos séjours de résilience. Du fait de la pandémie, nous avions dû patienter un peu… mais quelle joie d’enfin le concrétiser ! C’est ainsi qu’au printemps 2022, nous avons été accueillis pour la première fois par L’Hermitage, un tiers-lieu niché sur une colline au croisement des vallées de l’Aisne et de l’Oise. Dans ce nouvel espace bienveillant, un groupe de 10 jeunes de Limbo – dont 8 nouveaux participants – a pu s’ouvrir à des rencontres inattendues. Partir avec des inconnus est un grand pas pour ces jeunes survivants qui ont tout laissé derrière eux, famille, amis, pays. Beaucoup peinent à trouver de nouveaux repères en France, suspendus dans l’attente de la réponse à leur demande d’asile. Une entrée dans l’atelier d’ébénisterie de Florent, une balade comestible dans la forêt avec René, une marche du temps profond avec Jean… au rythme des échanges, de premiers liens se tissent.

Nous vous évoquions plus haut les difficultés à nouer du lien auxquelles sont confrontés les personnes exilées. Souvent, ces difficultés sont encore renforcées par les symptômes de leurs traumatismes : troubles du sommeil, mutisme, pensées noires. Pour les accompagner avec justesse, nous privilégions chez Limbo les expériences qui favorisent l’éveil des corps et l’expression non verbale. Cette semaine, pour la première fois, ce fut à travers une rencontre avec le cheval, avec l’aide de Claire-Marine. Un rêve exaucé pour certains, heureux de vivre cette nouvelle aventure… un retour au pays pour d’autres, anciens bergers et bergères, replongés dans les souvenirs des terres natales. Portés par cette confiance renouvelée, chacune et chacun se laisse aller à des activités étonnantes.

Comme nous le faisons depuis 6 ans à Conques, nos matinées à l’Hermitage s’organisent autour des ateliers d’arts-thérapie : un espace de liberté où chacun peut s’exprimer grâce à la danse, le chant ou les arts plastiques. Lors de ces ateliers, Stéphanie, notre art-thérapeute, accompagne le groupe avec douceur et bienveillance. Là, les participant.e.s redécouvrent des sensations et émotions enfouies au plus profond d’eux-mêmes. Loin des cauchemars et des images qui habitent leurs pensées depuis si longtemps, ils parviennent à renouer avec leurs esprits meurtris. Une démarche reprise en fin d’après-midi, à travers les ateliers d’initiation au Feldenkrais menés par Anne, nouvelle bénévole rencontrée sur place. Tout le groupe en est ressorti plus léger, le corps et la tête libérés, pour un temps, des tortures et violences vécues sur la route.

Pendant la semaine, la nature joue un rôle thérapeutique puissant, qui contribue directement au soutien que nous proposons à nos bénéficiaires. Il faut dire que depuis la fin de leur périple, la plupart n’ont jamais quitté les chambres étroites de leurs CADA (Centre d’Accueil pour demandeurs d’asile). Une fois hors de Paris, dès qu’ils aperçoivent les champs défiler par la fenêtre du bus, on sent les regards de nos jeunes s’ouvrir, le souffle se poser… À l’Hermitage, nous avons retrouvé ce qui est pour nous si précieux à Conques : un cadre qui se prête tout autant à la contemplation qu’aux déambulations solitaires, au cœur d’une forêt devenue à la fois refuge et lieu de confidences. C’est ainsi que le dernier jour, même notre atelier d’art-thérapie s’est échappé des murs de « la grange » pour venir s’épanouir au milieu des arbres.

À la fin d’un séjour, les jeunes de Limbo nous disent souvent qu’ils ont retrouvé une énergie qu’ils croyaient perdue. Cette énergie brille tout particulièrement lors de la fête du dernier soir, qui rassemble toujours les personnes bienveillantes rencontrées au fil de la semaine – ici, Marie, René, Jean, Silvia, Laura, Mathieu, Joséphine… Mais l’aventure Limbo ne s’arrête pas là. Il faut poursuivre le lien, maintenir le suivi, les accompagner toujours au plus près, pour qu’enfin ils puissent véritablement reposer le pied sur la rive des vivants. Alors à tous, nous leur proposons de participer à 3 séjours de résilience et d’intégrer nos Ateliers de médiation artistique au 104. Et, à l’occasion, de nous retrouver pour des moments de liesse, de chant et de partage – comme lors de la Journée Mondiale des Réfugiés où nous étions, bénévoles, jeunes, anciens jeunes, plus de 30 amis rassemblés.