Édito : juillet 2019

Chers amis,

Je me rappelle Solomon, le jeune érythréen, ses cheveux noirs crépus jaunis par le soleil et l’eau de mer, ses yeux hagards. Il avait dérivé vingt-cinq jours sur un zodiac en méditerranée. Ils étaient soixante-quinze au départ, cinq survivants à l’arrivée. Ses nuits de cauchemars étaient terribles. Il grimpait une montagne, entouré des morts du bateau, leurs bouches déformées par d’horribles grimaces. Solomon essayait d’atteindre le sommet, mais les autres voulaient l’entrainer avec eux, lui demandant qu’il abandonne la vie et se laisse glisser avec eux. Et Solomon se réveillait hurlant de terreur. Un mort-vivant.

Chaque exil d’un migrant est une épopée, souvent un calvaire. Surtout quand ils sont passés par les innommables camps de torture en Libye. À quoi bon arriver en Europe si on n’est plus capable de vivre ? Dix-sept pour cent des migrants qui ont fait le grand voyage souffrent de grave névrose traumatique, de PTSD, l’équivalent des soldats vétérans des guerres de forte intensité. Souvent incapables de parler, de dormir, de travailler, de revivre.

Qui s’en occupe ?

LIMBO, cette année, a continué à prendre en charge ces jeunes hommes et femmes à la dérive. Une semaine de stage résilience à l’abbaye de Conques en Aveyron. Une dizaine de stagiaires, tous ensemble, entourés et actifs, art thérapie, expression corporelle, randonnées, canoës-kayaks, rencontres avec les artisans d’art du village, une panoplie simple et efficace. La spirale infernale du trauma est cassée. En huit jours, les stagiaires redécouvrent une autre vie.

Un stage par période de vacances et, pour la première fois cet été, deux stages consécutifs, l’activité augmente, complétée par des projections débats, des conférences, une sensibilisation dans les lycées et une action de plaidoyer auprès de tous les acteurs qui peuvent permettre de développer notre action. LIMBO porte la parole des désespérés et propose des solutions. Dix-sept pour cent de dizaines de milliers migrants… les besoins sont immenses.

Le succès n’est pas suffisant. Il nous faut plus de bénévoles, plus d’adhérents, plus de logistique, plus de moyens financiers. Le public est prêt à répondre, les solutions existent, notre tache est de trouver les moyens de continuer à croître pour répondre à l’ampleur de la crise. Pour ne pas laisser seuls, invalides, suicidaires, des hommes et des femmes jeunes, autrefois pleins d’énergie et de volonté, compétents et souvent diplômés, forces vives qui ont réussi le terrifiant parcours de l’exil et ne rêvent que de s’intégrer dans notre société.

Nous voulons aller plus loin, beaucoup plus loin, en ouvrant un centre d’art thérapie à Paris, le premier centre dédié à l’accompagnement de survivants en souffrance.

Jean-Paul MARI

Vice-président de LIMBO